Concepts et méthodes en analyse de réseaux


1. Carrières d’algorithmes : la détection automatique de motifs dans des graphes (années 1950–1970). Contribution à l’histoire des premiers apports des sciences sociales à l’informatique

Sébastien Plutniak.
La détection de communautés est une question centrale en analyse de réseaux. Cet article combine une approche socio-historique à la reconstruction expérimentale de programmes informatiques afin d'éclairer l'histoire des premiers algorithmes de détection de cliques, problème qui compte encore aujourd'hui parmi les problèmes NP-complets non résolus. Restituer les recherches menées par l'archéologue Jean-Claude Gardin depuis les années 1950 sur le traitement de l'information non numérique et l'analyse de graphes met en évidence ces contributions précoces à l'informatique réalisées depuis les sciences humaines et sociales. Ces applications originales de l'informatique aux humanités ont reçu une réception et une reconnaissance limitées. Ce fait est éclairé par deux facteurs : 1) les politiques de financement, qui ont motivé le transfert des efforts de recherche sur les graphes depuis un éphémère espace interdisciplinaire vers des organisations de recherche en informatique, domaine alors émergent ; 2) les carrières erratiques des algorithmes, où l'efficacité, les erreurs, les corrections et le statut des auteurs ont été des facteurs déterminants. Ces facteurs se combinent aux effets des historiographies et des bibliographies sur la conservation, la découvrabilité et la réutilisation des résultats scientifiques.
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2. Aux prémices des humanités numériques ? La première analyse automatisée d’un réseau économique ancien (Gardin & Garelli, 1961). Réalisation, conceptualisation, réception

Sébastien Plutniak.
Dès les années 1950, les travaux de J.‑C. Gardin concernèrent à la fois l'archéologie et l'automatisation naissante du calcul numérique et de la documentation. En 1961, à partir de tablettes cunéiformes assyriennes documentant des relations économiques, il publia avec P. Garelli la première application automatisée de la théorie des graphes à des matériaux historiques. Elle fut ensuite largement ignorée tant en archéologie qu'en analyse de réseaux. Toutefois, depuis vingt ans, les revendications socio-épistémiques liées à la généralisation d'internet et de l'informatique (humanités numériques, archéologie computationnelle, etc.) ont accru l'intérêt porté aux travaux – jugés précurseurs – de Gardin. Fondé sur des archives et des publications, cet article défend la pertinence d'une sociologie historique du texte scientifique pour l'histoire de l'automatisation des sciences historiques. L'identification de Gardin comme précurseur influent d'une archéologie computationnelle est nuancée, en montrant que 1) malgré son accès facilité à des ressources (financières, instrumentales, etc.) alors rares et ayant pu favoriser la fondation d'une école ou d'une spécialité, il ne poursuivit pas cette ambition ; 2) les objectifs démonstratifs qu'il attribua à l'étude de 1961 du réseau économique ont varié entre les années 1960 (démontrer l'intérêt du […]
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3. Pratiques de l'analyse de réseau en géographie. Formations et emprunts disciplinaires

Élise Autrive ; Laurent Beauguitte ; Ninon Briot ; Paul Gourdon.
Trois géographes ayant soutenu en 2021 et mobilisant des méthodes d'analyse de réseau issues d'autres disciplines (sociologie, informatique, physique) expliquent le choix des méthodes, des indicateurs et des logiciels utilisés dans leurs travaux. Iels insistent à la fois sur la faiblesse de la formation initiale et le rôle crucial de l'auto-formation. Les forces et faiblesses de l'analyse de réseau et des visualisations de type liens-noeuds sont enfin évoquées.